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Amalfi. 1

AMALFI.

« Et toute création qui tienne est le fruit de l'équilibre trouvé entre la foi et le vertige. Ou plutôt, entre le vertige et la foi. L'ordre des mots était important. Car le vertige, ce me semble, est mon plus vieux compagnon. Et se disant cela, il sentait remuer en lui l'ombre de ses démons. »

Nicolas de Staël : Le vertige et la foi, Stéphane Lambert

 

Comme l’ascension d’un escalier sur une falaise escarpée, la vie possède cette foi de l’élévation, ce risque de la chute, ce goût du vertige. En bas la mer, et la roche où les corps peuvent disparaître. En haut la terre, et le ciel où l’homme peut renaître. Entre les deux, cette paroi gigantesque et inhumaine, pleurant des pierres, menaçant la vie. Il fallait en faire l’ascension.

 

Les quelques marches à monter du perron lui rappelait les marches de l’escalier de son enfance où il était tombé et avait failli mourir,  les marches camouflées dans la roche de Praiano, menant de Casa Privata aux terrasses périlleuses en béton, celles encore de la villa Malaparte et des Jardins de Versailles.

Elles lui rappelaient surtout l’arrivée dans les quartiers d’été, les valises qui se posent, l’odeur de solitude de la maison malgré les fenêtres ouvertes par Valentina le matin même.  

L’été débutait, et avec lui, la chaleur de l’air, la fraîcheur des murs, la langueur, les déambulations nocturne, la nuit chaude. Ses fantasmes.

 

Huis-Clos.

 

Qui rencontrera-t-il cet été ? Parmi ses amis, habitués de Capri depuis leur enfance le mois d’Août arrivé, il y aura bien un cousin ramené dans les bagages. Il y aura bien un voilier. Il y aura bien l’ombre des chênes et le romarin.  

 

 

« Tu les trouves jolies mes fesses ? Et mes seins, tu les aimes ? Qu’est-ce que tu préfères : mes seins ou la pointe de mes seins ? »

« Elles vont se déshabiller ?

Evidemment. C’est merveilleux, le cinéma.

On voit des femmes avec des robes, elles font du cinéma, crac, on voit leurs culs. »

 

« Depuis ce matin, il s’est passé quelque chose qui a changé l’idée que tu avais de moi »

 

« C’est pas toi qui m’y forces. C’est la vie »

 

Des scènes qui revenaient par flash.

Avec les lumières rouges, bleus, jaunes, primaires, de Mondrian, de Godard, de Dolan.

Une exposition grotesque. Forcée. Une fin qui finit mal.

 

 

Avec sa sœur, il était copains comme cochons, enfants terribles, amoureux imaginaires. Plusieurs fois ils avaient risqué leur vie. Il conduisait, elle tenait le bar. Le bar était une vieille Austin Healey de leur père. Leur père, un fanatique de course automobile, amoureux anonyme de Françoise Sagan.

Raphaël avait cette sœur comme éclat de rire quotidien. Un sourire qui lui permettait de masquer les choses. Surtout lorsque le passé revenait par flash. Une image obsédante. Un raté amoureux à 16 ans, la fleur de l’âge, un rapt, une émotion souillée. Et l'émotion est ce qu'il y a de plus précieux.

L’été débutait, et avec lui, la chaleur de l’air, la fraîcheur des murs, le soleil de plomb, la peur, la famille. Le silence.

 

Raphaël avait Chiara pour sœur. Et Chiara avait failli oublié qu’elle avait un frère. C’était il y a dix ans. Le passé est sans prescription. 

 

 


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