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AMALFI.

Ambre & Louise - Roman d'Eté - Incipit

 

Brutal. Baroque. 

Ainsi sa vie s’était-elle renversée comme un verre sur le port d’Amalfi, un cabriolet perdu sur la côte de Sorrento.

Godard. Sorrentino. 

Elle s’imaginait sa mère, comme ces veuves noires endeuillées de Palerme. Elle en retraçait dans son imagination les traits, l’expression du néant, la noblesse de sa posture, la folie muette au bord du front.

Mystique. Convulsif.

Du livret de messe, elle en avait déjà prévu les Miserere et Agnus Dei, les chants inattendus à la manière des Elixirs d’amour de Donizetti. Elle voyait la Callas ressuscitée, s’armer de sa voix grave, aigue, stridente et surnaturelle, surgissant de sa gorge comme l’eau des puits artésiens.

Casa Privata. Un hôtel au bord de l’eau.

Il était resté toute sa vie immobile au bord de la piscine, et il regardait dans les eaux la seule réflexion de sa propre lumière. Mais lui, pendant ce temps, avait plongé; il s'était enfoncé dans la mer houleuse de la vie, en avait parcouru les profondeurs, les débris, les naufrages, la moiteur des lits et les gorges toxiques.

C'est le temps des confidences. 

Fulgurance. Souffle. 

Il l’aimait. Un cœur battant la chamade. Comme un enfant au tambour, un revolver qui éclate, un plongeon dans la piscine. La Chamade. Catherine Deneuve. La Chamade, oui, mon cœur bat la chamade. Sous un toit. Précairement. Une vie de bohème.

Rendez-vous pris avec la folie.

Il en succombait même devant sa toilette, du haut de ses bottines en guipure Balmain, fourrée dans une robe à dentelles alimentée de transparences et fils d’or, armée de son petit sac en cuir noir chiné chez Alexander Wang, qu’elle balancerait comme les encensoirs initiant la mystique.

Mythologique. Dégénéré.

Comme les femmes-poissons échouées sur les faraglionis de Capri, il la contemplait, irrespectueuse, provocante, désespérée. Et terrible. Et terrifiante. Attirante. En silence, ses lèvres murmuraient les Miserere, ses yeux les Lacrimosa.

Baie de Salerne. Miracle.

Et les bancs des églises s’enchainaient comme les rangs d’un défilé. La vieille bigote implorant la clémence du Saint Sacrement. Les religieuses glissant comme des spectres sous le soleil. Les colombes s’envolent alors en nuage du clocher.

Vitesse. Ivresse.

Et le matin s’enchaine à la nuit, et la réalité au rêve, les rêves à la réalité. Le moteur, le bruit du moteur, et des pneus qui grincent sur le port d’Amalfi.

Sentier. Flirt avec l’abîme.

Le rétroviseur en chrome brille sous la chaleur du soleil d’Amalfi. Il éblouie. Le Soleil d’Amalfi. Témoin des amours et des drames. Des flirts d’été abrégés. Une promenade au bord de l’amour, un sentier au bord de l’abîme. Eté au bord de la vie.

C’est le sentier des dieux. Salerne. Sorrento. Capri. Amalfi.

Amalfi, un nom chuchoté tout bas comme une voix du passé.

Une voix chère. 

Ressuscitée.

L’Eté.

Amalfi. 

 

 

Incipit

Chapitre I. L'Arrivée


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