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PARYSATIS PEYMANI

Parysatis, Paris, Téhéran.

 

16h, Brasserie Barbès, rendez-vous pris avec une jeune fille blonde, dans ce café de Flore de la Goutte d’Or, ou presque.

Parysatis, entre Paris, Dubaï et Téhéran, à quelques heures de son vol retour, passage express à Paris.

Parysatis, un prénom qui sonne mythologique mais bien réel car elle fut impératrice de Perse et mère de Cyrus le jeune. Neuf lettres qui lui siéent parfaitement, douce, ambitieuse et douée. Une Khaleesi des temps modernes.

 

Accompagnée de Ghazaleh Hassanzadeh, elle fonde Izeh en janvier 2016. L'agence de consulting a pour but d'introduire les créateurs iraniens en France et les marques de luxe françaises en Iran. Rencontrées à l’IFM à Paris, leurs racines communes les ont poussés à concrétiser un même projet : créer un pont entre les créateurs, designers et les sociétés françaises et iraniennes. La société iranienne est en mutation et le pouvoir est en conflits permanent avec une population avide de  modernité. Entre la volonté d'avancer des réformateurs et le statu quo prôné par les conservateurs, un espace est disponible pour le luxe européen. D’Yves Saint Laurent à Dior beauté en passant par Versace et Roberto Cavalli, tous ont une carte importante à jouer auprès de la femme iranienne qui est la plus moderne du moyen orient.

 

HL : Parysatis, pourquoi ne pas être restée à Paris?

PP : Après avoir effectué de nombreux stages dans de grandes maisons françaises j'ai opté pour l'aventure, l'exotisme et l'entrepreuneuriat. Comme d'autres jeunes français l'étranger offre plus d'opportunités avec différents leviers, plus en phase avec mes ambitions personnelles. Par ailleurs, je me rendais compte que ce que je pouvais apporter à l’Iran après l'ouverture du pays, n’avait rien à voir avec le rôle que j’aurais pu jouer à Paris. En Iran, je me  sens utile, il s’agit presque d’un « acte militant » de travailler  dans la mode et de participer à l'émancipation des jeunes  filles et des femmes. J'ai l'impression de donner un double sens à la mode, à la fois politique et culturel. Par cet  « acte militant », apporte un soutien aux deux mondes auxquels j'appartiens.

HL : Un acte militant ?

PP : Oui, presque, le gouvernement n’est pas à l’aise avec l’idée d’ « expression corporelle » ; le corps de la femme ne doit pas mettre en valeur les formes. C’est pour ça qu’il y a le voile, et que les fesses doivent toujours être cachées par un pull long ou un manteau.

HL : Mais c’est étonnant, comme dans les pays arabes en général, qu’au contraire l’expression « corporelle » du visage par le maquillage soit encouragée ?

PP : C’est vrai, le parfum et la cosmétique n’ont jamais été tabou dans la culture de l’Islam, c’est culturel plus que religieux. Et ce trait culturel ne va pas à l’encontre de la religion, car Mahomet lui-même se parfumait. En Iran, jamais une femme ne sortira le dimanche « acheter son pain » sans se maquiller, se coiffer, se parfumer etc. La moindre sortie exige ce « rituel de préparation ».

HL : La mode iranienne vit du coup au rythme du bon vouloir de l’ordre religieux ?

PP : Affirmatif, mais l’Iran est une société gouvernée par des religieux alors que la population est principalement laïque. 70% sont de la population ont moins de 30 ans et 60% sont urbains.

De quoi présumer des changements...

HL : Et ces changements, quels sont-ils pour toi exactement ? Quelle est ta vision pour l’Iran ?

PP : Que l’Iran s’ouvre, cela est évident, mais que la scène artistique iranienne devienne un acteur majeur de la mode, cela prendra quelques temps. En revanche la création est partout en effervescence en Iran. Le problème c’est qu’il lui manque encore les moyens (marketing et management) de pouvoir s’épanouir et de se professionnaliser en Iran même. En attendant il y a Dubaï qui est une passerelle sur l'Iran.

HL : Dubaï qui permet de donner ce rôle au Moyen-Orient que l’Iran ne peut pas encore jouer…

PP : Dubaï est un énorme libérateur, comme Hong Kong ou Macao pour la Chine. Et c’est pour ça que je travaille beaucoup de là-bas. Parce que c’est plus facile pour moi d’être active, de travailler, de promouvoir des créateurs. Dubaï est un levier pour le Moyen-Orient, encore récemment avec la création du Dubai Design District.

HL : Comme le Miami Design Destrict…

 

HL : Et qu’est-ce que tu penses de ce qu’avait dit Golshifteh Farahani pour Egoïste :

« Paris est le seul endroit de la planète où les femmes ne se sentent pas coupables. En Orient, tu l’as tout le temps. Dès l’instant où tu ressens tes premières pulsions sexuelles. La France m’a libérée »

Golshifteh Farahani, Egoïste, n°17, Tome II

PP : Oui, enfin bien sûr il n’y a pas que Paris, mais c’est surtout l’idée de contraste par rapport à l’Orient qu’elle voulait mettre en valeur. Et oui, oui, c’est vrai. Mais justement Dubaï permet de se libérer de ça en Orient. Et même, sans parler de sexe, rien que par la mode, le comportement. Il y a moins de schizophrénie.

HL : Qu’est-ce que tu penses du coup de ces étudiants qui ont été fouettés en Iran parce qu’ils fêtaient leur diplôme « à demi nus » ? Désolé, cette question était attendue…

PP : Mmh, déjà ils n’ont pas été fouettés, c’est ce qu’on nous a fait croire et bien sûr les médias se sont tous empressés de relayer cette info. En fait ils ont juste eu une amende. Mais le truc c’est qu’aujourd’hui l’Iran est en conflit interne, entre les réformateurs et les conservateurs. Et lorsque le réformisme fait un pas, le conservatisme fait un pas en arrière et rééquilibre la balance. Les conservateurs ont voulu faire croire qu’il y avait eu une telle punition pour donner une image négative à l’Occident de l’Iran. Pour les inciter à ne pas venir, à laisser l’Iran comme elle est. C’est une manière de protéger leur vision de l’Iran du reste du monde. D'ailleurs la ville où cela s'est passé est une petite ville très loin de Téhéran. Par conséquent l'information n'est pas facile à vérifier.

HL : Et c’est depuis Hassan Rohani, président de l’Iran en 2013, que le pays s’est ouvert au luxe occidental ?

PP : Oui, mais aussi un luxe et une beauté à l’iranienne ; il y a par exemple Safir, le Séphora local. Dans la  mode, ça commence avec Versace, Cavalli…les Italiens ont moins « mauvaise » conscience de venir faire du business en Iran, par rapport aux Français. Le business est le business, et les questions éthiques par rapport aux droits de l’homme, des femmes etc importent moins. En France on a aussi encore une vision un peu « en retard », l’Iran bouge et change vraiment.

HL : Et sinon, plus légèrement : qu’est ce qui te manque de Paris quand tu es en Iran et inversement ?

PP : C’est bizarre mais quand je suis en Iran je pense tout le temps à la tour Eiffel et au Louvre alors que je n’y pense jamais ou peu quand je suis en France.

Et de l’Iran ce qui me manque, c’est Ispahan et Shiraz, et le Palais du Golestan à Téhéran.

HL : Et au-delà d’un lieu, un sentiment ?

PP : Celui des terrasses de café parisiennes quand je suis en Iran. Ca me manque tellement…

Et par contre, dans l’autre sens…En fait, le fait de se sentir juste utile en Iran par rapport à Paris. La rencontre est plus facile, tout semble possible et toute la société civile est dans le même élan. C’est amusant car en fait c’est un peu comme les Etats-Unis en termes d’état d’esprit. Les Iraniens sont débrouillards, ont plusieurs métiers, trouvent toujours des solutions aux problèmes là où les Français trouvent des problèmes dans les solutions qui ont été trouvées ! On est très dans l’Iranian Dream pour reprendre la vision américaine de la destinée individuelle.

HL : Peut-être parce qu’il y a justement des interdits…?

PP : Oui, sûrement oui. En France tout est permis mais au final on ne fait pas grand-chose. Droit à tout mais envie de rien. En Iran, on pourrait dire « tout est interdit mais tout est possible », et c’est parce qu’il y a ces interdits que les Iraniens ont tant envie d’autre chose.

Regarde No Land’s Song, ça représente bien l’état d’esprit iranien actuel. Ce film est génial.

 

Les conseils de Parysatis :

Découvrir Maral Asmani, blogueuse et styliste iranienne, et son compte instagram : @maral_asmani

Et le travail de Newsha Tavakolia, photographe iranienne, représentée chez Magnum.

 

 

Parysatis porte la bague ajustable Ambre & Louise Daisy Clover d'Or et le bracelet Ambre & Louise Sureau d'Or

 

Propos recueillis par Hugues Loiret Saint Loup.


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